LA DIFFUSION DES FILMS NIGERIENS Mamounia Zakaria


LA DIFFUSION DES FILMS NIGERIENS Mamounia Zakaria






GROUPE      D’ ETUDE      CINEMA
     DU      RÉEL      AFRICAIN


LA DIFFUSION ET LA
CIRCULATION DES FILMS NIGÉRIENS

par Mamounia Zakaria

Etudiante,
Université Abdou Moumouni, Niamey

Introduction

Le
Niger compte une population d’environ 15 millions d’habitants,
majoritairement jeune et féminine, dispersés sur un vaste
territoire de 1.267.000 Km2. Le pays regorge de ressources
artistiques et culturelles très riches et variées qui font de lui
un champ d’accueil pour de nombreux artistes et touristes.

Le
Niger dispose d’un des meilleurs cadres naturels de tournage
cinématographique, grâce à son désert (un des plus beaux au
monde), à la vallée du fleuve Niger et à des paysages de
montagnes, de collines et de vallées.

Le
manque d’une politique hardie de la part du gouvernement et le
désintéressement des investisseurs pour promouvoir et développer
les opportunités du tourisme en général et celles du cinéma en
particulier font de toutes ces merveilles un trésor inexploité. Des
sites crées de toutes pièces, de manière circonstancielle et
temporelle pour le tournage des différents films en Afrique,
remplacent ces merveilles.

La
famille cinématographique du Niger est large. On peut citer des
cinéastes relevant de l’ancienne école de Jean Rouch dont entre
autres, Oumarou Ganda, Moustapha Allassane, Moustapha Diop, Abdoua
Kanta, Djigarey Maiga. Il y a également une nouvelle génération
des réalisateurs nigériens qui émerge au nombre desquels Elhadj
Magori Sani et Malam Saguirou dont les œuvres documentaires
respectivement
Pour le meilleur et
pour l’Oignon!
(2008) et La
Robe du temps
(2008) feront l’objet
du présent travail.

Parler
de la circulation et de la diffusion des films nigériens, c’est
essayer tout simplement de répondre à la problématique de la
cinématographie nigérienne et de tout ce qui l’entoure. Notre
travail, qui est loin d’être exhaustif, s’attardera à répondre
à ces questions :

-Existe-t-il
des films nigériens ?
-Comment
et par qui sont-ils réalisés ?
-Quel
serait leur groupe cible ?
-Ont-ils
un impact sur la population ?
-Sont-ils
consommés à l’intérieur et à l’extérieur du pays ?

Le
présent travail s’efforcera de porter un regard critique sur la
manière dont se réalisent, circulent et se diffusent les deux
films nigériens à savoir
Pour le
meilleur et pour l’oignon!
de El
hadji Sani Magori et
La Robe du temps
de Malam Saguirou. Ces deux films se prêtent bien à notre étude
car ils présentent une certaine unité dans la production, unité
dans la démarche créative et aussi unité dans les ambitions que
nourrissent leurs deux réalisateurs.

Ce
travail ne perdra pas de vue les impacts, les portées et les limites
que peuvent avoir ces films sur la population nigérienne, afin
d’aboutir à des recommandations pour que ces films soient vus au
Niger comme partout dans le monde.

I-Définition
des concepts fondamentaux


Pour
bien aborder ces questions, il convient de définir certains concepts
tels que nous allons les utiliser dans le traitement de ce sujet.
Ainsi, nous entendons par

Film Nigérien 
une œuvre cinématographique réalisée ou produite par un cinéaste
Nigérien.

La
circulation ou la distribution des films

est l’ensemble des mouvements physiques ou virtuels des films,
dans l’espace et dans le temps (piratage y compris).

Diffusion
ou exploitation des films
 :
Diffusion par les chaînes de télévisions et les projetions dans un
certain nombre de cinémas, en
Dvd.
Cette étape de diffusion se situe en toute fin de la filière
cinématographique. La diffusion permet d’encaisser les recettes
d’un film, qui seront réparties entre l’exploitant, le
distributeur et le producteur. Le réalisateur toucherait ses droits
d’auteurs. La distribution et la diffusion des films permettent, à
l’issue du tournage et de la
post-production,
de faire connaître les films au public cible.


B-
La réalisation, la circulation et la diffusion des films Nigériens
.

        B-1 La
réalisation des films Nigériens
.

Un
film est une combinaison artistique de l’image et du son où le
réalisateur peut être l’auteur. C’est le fruit d’une bonne
collaboration entre les différents « artisans » qui sont
le scénariste qui écrit le scenario, le producteur qui doit
mobiliser le financement du film, recruter le personnel, organiser
la commercialisation du film. Les techniciens du son et de l’image
qui travaillent sous la direction du réalisateur « maître de
l’ouvrage ». La réalisation consiste à passer du texte du
film (scénario) à un film proprement dit.

Dans
le cadre d’un documentaire, le réalisateur assure particulièrement
l’identification des sites et des personnes qui sont sollicitées
pour le film. Dans tous les cas, le réalisateur intervient dans la
préparation, le tournage, le montage et la postproduction du film.

Chez
nous au Niger, la réalisation des films se heurte à des nombreux
obstacles dont :

                •
L’absence d’un environnement juridique et économique favorable à
la production

Comme
nous l’avons relevé, faire un film, mobilise les mêmes moyens
matériels, humains et financiers que pour toute autre industrie.
Cela suppose l’existence de garantie légale et juridique qui n’est
pas actuellement disponible au Niger.

La
plupart des réalisateurs Nigériens comme Sani Magori et Mallam
Saguirou sont leurs propres producteurs et se retrouvent par la force
des choses à exercer un métier qu’ils n’ont pas appris.

Exemple :
la loi qui organise les différents métiers au Niger vient d’être
votée à l’assemblée Nationale (mars 2009) mais attend toujours
d’être promulguée. Toutes les lois des finances adoptées au
Niger prévoient des allégements fiscaux au bénéfice de
l’industrie du cinéma et de l’audio-visuel mais la quasi
inexistence de sociétés de productions ne permet pas au cinéma
Nigérien d’en bénéficier.

                •
Les obstacles d’ordre socioculturels sont liés au fait qu’au
Niger l’artiste n’est pas reconnu comme un travailleur normal.

Sani
Magori et Mallam Saguirou sont certainement les premiers cinéastes
Nigériens qui n’exercent pas uniquement que ce métier là. En
réalité, même s’il y a une longue tradition de formation de
techniciens du cinéma (réalisateur, monteur…), on se retrouve
face à un personnel qui n’a aucune expérience de la réalité
des films.

L’implication
faible du pouvoir public en termes d’aide à la production
constitue aussi un obstacle à la réalisation des films Nigériens.

A
titre illustratif, on peut noter deux films nigériens qui sont
produits en 2008
La Robe du temps
et
Pour le meilleur et pour l’oignon
!
ont été des coproductions
franco-nigériennes entre
Dangarama
(Niger) et
Adalios
(France).

Maintenant
que ces films sont produits et sont dits de qualité, qu’en est-il
de leurs circulations et de leurs diffusions ?

       B-2
La circulation et la diffusion des films Nigériens
.

Un
film est produit pour être vu par le public. « 
Je
fais ce film pour qu’il soit vu par les paysans de mon pays et ceux
du monde entier, et par tous ceux qui peuvent contribuer à la
recherche des problèmes auxquels sont confrontés nos paysans
 »
telles sont en quelque sorte les intentions et les ambitions que Sani
Magori nourrissait pour son film.

La
diffusion de ce dernier est partie intégrante de sa production. Elle
conditionne la vie et le succès du film.

Excepté
le cinéaste Djingarey Maiga qui continue ses séries noires long
métrage en 35 mm, la plupart des réalisateurs Nigériens produisent
des supports vidéo, format télé (52 minutes).

Les
possibilités d’une large diffusion par la télévision sont
potentiellement limitées étant donné que parmi les six chaines
de télévision au Niger (Télé sahel, Radio Télévision Ténéré,
Canal3, Bonférey, Tal TV, Radio Télévision Dunya.) il n y a qu’une
qui a une portée nationale et qui émet sur le satellite (Télé
sahel).

A
part Télé sahel qui a coproduit les séries télévisées
Fada
et
Souweba et Dounia
qui entrent dans les accord de diffusions des films issues des
résidences d’écriture d’AfricaDoc (cas de
La
robe du temps
et Pour
le meilleur et pour l’oignon
) les
autres chaines sont rarement impliquées dans la production.

Parmi
les huit salles de cinéma que comptait Niamey la capitale
nigérienne dans les années 80, il ne reste qu’une seule qui
fonctionne encore.

Pourtant,
on dénombre au Niger plus de 150 vidéos-clubs actifs qui diffusent
essentiellement les films Nigérians. Ces films ont une portée
sociale remarquable et sont consommés dans presque tous les supports
et diffusés par toutes les télévisions locales.

En
dehors des Centres Culturels Français de Zinder et de Niamey les
autres structures existantes comme le Palais des Congrès, le Centre
Culturel Oumarou Ganda, la Maison de Jeunes et de la Culture Djado
Sékou ne sont malheureusement pas équipées ou organisées et
déterminée pour accueillir les projections régulières des films
Nigériens.

Par
contre, depuis bientôt cinq ans, le FIFEN (Festival International du
Film de l’Environnement du Niger), organisé par le ministère en
charge de la culture et le Forum Africain de Film Documentaire
(FAFD) de Monsieur Inoussa Ousseini, offrent régulièrement au
public de Niamey des moments d’assister à la diffusion des films
Nigériens.
Pour le meilleur et pour
l’Oignon
de Sani Magori a
d’ailleurs été vu en première au FAFD en décembre 2008.

            •
Diffusion par les festivals

Pour
les producteurs africains en manque d’acheteurs des films, les
festivals tuent leurs économies.

Pour
les réalisateurs, les festivals leurs offrent des cadres de
visibilité à leurs films.
La robe
du temps
de Malam Saguirou n’a
pas eu autant de succès
que
Pour
le meilleur et pour l’oignon

de Sani qui est à sa 30
ème
sélection dans des festivals.

La
répartition géographique de ces sélections place le public
nigérien au dernier rang, car il n y a qu’un seul festival (le
Forum Africain de Film Documentaire de Niamey) qui l’a diffusé !

L’Afrique
est représentée par trois festivals : Festival international de
court métrage d’Abidjan (FICA, avril 2010), African Movie Academy
Awards (AMAA, Bayalsa, 2009 Nigéria), Festival International de
Cinéma et de l’Audiovisuel du Burundi, Encounter, (Afrique du Sud,
Août 2010).

Trois
diffusions dans les festivals en Amérique (USA et Canada).

Trois
diffusions En Asie.

Si
l’Europe se taille la part de lion avec une vingtaine de
diffusions, cette part privilégiée s’explique par l’implication
de ce continent dans la production de ce film. En effet, dans la
charte de coproduction qui régit le film de Sani Magori, la
coproduction française et les télévisions partenaires se réservent
le droit de montrer le film à leurs publics. Quant aux partenaires
nigériens qui ne participent qu’administrativement à la
production, se voient privés de ces droits de diffusions gratuits.

Dans
ce cas de figure beaucoup de Nigériens ignorent l’existence de
La
robe du temps
et de Pour
le meilleur et pour l’oignon
du
simple fait que cette circulation est inhibée par le manque de
moyens pouvant la rendre fluide et de permettre à tous les citoyens
un accès  équitable de leur produit cinématographique.

III -1 Les
portées des films Nigériens
 :

           A-
La portée sur le plan culturel:

Même
si le film Nigérien n’est pas vu au Niger, sa large diffusion
dans le monde favoriserait la connaissance et le rayonnement de la
culture Nigérienne à l’étranger.

Pour
le meilleur et pour l’Oignon

documente sur le mariage au Niger, sur le rôle de l’agroalimentaire
dans le tissu socioéconomique nigérien.
La
robe du temps
montre comment un
boucher traditionnel compose avec les nouvelles technologies,
comment il veut s’adapter avec les fortes demandes de viandes…

Il
serait injuste donc de nier la portée culturelle de nos films
Nigériens, car ces derniers ont toujours des impacts culturels,
chaque fois qu’ils ont été transmis ou diffusés. Au-delà donc
du cliché habituel, ces films qui sont « des regards de
l’intérieur » ou comme le dit souvent Sani Magori, des
« regards croisés » exposent aux publics étranger les
réalités nigériennes avec une certaine fierté ! En somme on
est en droit de dire que ces films sont un  véritable moyen qui
peut contribuer au changement social.

Qu’en
est-il alors de la portée économique des films Nigériens en tant
que moyens contribuant  à la transformation de la réalité
sociale ?

B
– La portée sur le plan économique 
:

Avec
des jeunes réalisateurs et producteurs comme Sani Magori et Malam
Saguirou, des véritables entreprises de productions des films se
sont mises en place. La production audiovisuelle au Niger commence à
générer des revenus.

« On
commence à nous prendre au sérieux
 »
disent-ils parce qu’ils sont associés aux prises de décisions qui
engagent l’industrie cinématographique nigérienne.

L’une
des closes de la charte de coproduction mise en place par AfricaDoc,
le réseau panafricain des réalisateurs et producteurs de films
documentaires, il est prévu que 40% des recettes générées par les
films soient versés aux producteurs africains même s’ils ne font
pas un apport proportionnel. En plus, au moins 50 % du personnel de
tournage ou de la post production doit être africain.

Le
budget de tournage qui représente 50 % du film est dépensé dans le
pays où se déroule le tournage.

Cependant,
il est convenable de noter que la grande partie de l’argent
encaissé par les cinéastes Nigériens émane de l’extérieur
c’est à dire des pays étrangers.

Le
Bureau Nigérien de droit d’Auteur ne prend pas en compte le volet
image. Aucune taxe n’est prélevée sur les millions d’images qui
inondent nos huit chaines de télévisons. Les chaînes satellitaires
qui sont reçues au Niger ne payent pas non plus les droits d’image
et d’auteurs au réalisateur. Ceci équivaut à une véritable
hémorragie financière.

        C
– D’autres réseaux de circulation de films en Afrique :


LOUMA, DOC net

Le
Louma est le premier marché africain en Afrique de films
documentaire fait par des africains ou produit sur l’Afrique.
Chaque année, des producteurs, des institutions, des télévisions
d’Afrique et du monde sont invités à venir échanger, visionner
les films et à les acquérir à des prix préférentiel. L’objectif
à court terme du Louma étant de créer ce cadre inexistant
(pratiquement) où les producteurs rencontrent les acheteurs et où
créent des liens de grandes envergures. L’objectif à long terme
est de favoriser l’émergence de société de distribution de film
en Afrique qui viendront un jour au Louma vendre eux même leurs
films. Une vingtaine de films nigériens sont inscrits au LOUMA 2010.


Le Cinéma Numérique
Ambulant (CNA)

Le
CNA est présent dont l’objectif principal est de stimuler la
promotion et la diffusion du cinéma africain en Afrique est présent

au Niger, au Burkina Faso, Mali et
Benin. Au Niger, le CNA montre des films nigériens et étrangers
dans les villages où le cinéma est inconnu. C’est donc un moyen
de vulgarisation assez efficace des films. Cette année, avec leurs
implications par Africadoc, le CNA va s’intéresser de près à la
diffusion des films documentaires africains ou fait en Afrique.
Pour
le meilleur et pour l’oignon
et La
robe de temps
peuvent être acquis
par le CNA et peuvent donc être vu en profondeur par les citoyens
nigériens tel que voulu par leurs réalisateurs.

IV-
Recommandations
 :

Les
premières recommandations se dirigent principalement vers les
réalisateurs des films. On doit dire par là qu’ils devront être
imbus de réalités Nigériennes afin de penser à la réalisation de
films dits Nigériens.

Ils
doivent en effet, être surs qu’une fois leur produit fini,
qu’ils auront la possibilité de sa circulation et de sa diffusion
à l’intérieur comme l’extérieur du pays.

Ils
doivent également s’assurer que leurs œuvres ont des impacts
sociaux susceptibles d’un changement des mentalités et capables
d’amorcer un changement des mentalités propice à une relance
économique, gage d’un développement durable.

En
second lieu il convient de noter que l’Etat ne doit pas toujours
continuer à se voiler la face et afficher une indifférence
vis-à-vis d’une part des réalisateurs de ces films et d’autre
part vis a vis des films eux- mêmes.

L’état
doit intervenir dans cette entreprise du début jusqu’à la fin,
c’est à dire de la phase préparatoire jusqu’à la diffusion.

C’est
ainsi qu’on peut parvenir à la diffusion, à la circulation voir
à la promotion d’une culture authentiquement locale, non victime
d’une pollution occidentale.

Enfin
un film n’est pas un objet de consommation banale. Pour accroitre
la diffusion et la circulation des films Nigériens auprès du public
nigérien il faut aussi développer des actions de sensibilisation
en direction de ce public.

Conclusion

En
somme, il est à admettre que le Niger est un pays pluriculturel qui
regroupe en son sein des anciennes et des nouvelles générations de
réalisateurs soucieux de promouvoir la culture nigérienne.

Il
s’en suit, de là qu’ils sont devenus des réalisateurs des
films, hélas, impuissants face aux exigences aussi passionnantes
que perverses de ce milieu qui ne fait aucun cadeau au cinéaste
amateur car les grandes industries cinématographiques écrasent sans
scrupule aucun les petites productions.

La
promotion du cinéma est une entreprise qui nécessite l’engagement
de tous, du producteur, des investisseurs, de l’état, du public
et d’une bonne campagne médiatique.

Dans
ce contexte nous sommes en droit de nous poser la question suivante
: quand est ce que le Niger disposera d’une grande réalisation,
d’une bonne circulation et d’une diffusion saine de ses films
comme partout dans le monde ?

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